Les informations figurant dans le répertoire sont mises à jour par les structures qui y sont référencées. Ces dernières portent la responsabilité de leur contenu et de leur mise à jour.
Date de mise à jour : 2011-03-31

Œdipe (2009)

Théâtre du Loup Blanc

Durée : 1h25
Date et lieu de création : mars 2009 à Ferney-Voltaire

Œdipe
Jocaste, Philoctète
Jocaste, Œdipe, Phorbas

Cliquez pour agrandir
ŒDIPE, 1718-2009

La découverte d’Œdipe, commande de la ville de Ferney-Voltaire, nous a aussitôt enthousiasmés : la vigueur de l’écriture, la nervosité de l’intrigue, la montée implacable de la tension, la thématique brûlante de la pièce, tout concourait à la modernité du propos. Cette tragédie, jamais montée depuis 1852, alors qu’elle avait connu un véritable triomphe à sa création, fut pourtant la plus jouée au XVIIIe siècle. Elle rendit célèbre, du jour au lendemain, un dramaturge de vingt-quatre ans qui prit à cette occasion le pseudonyme de… Voltaire.

UN CONTE TRAGIQUE POUR AUJOURD’HUI

Vieillards, femmes, enfants, que leur malheur accable,
Tous sont intéressés à le trouver coupable.
Vous entendez d'ici leurs cris séditieux ;
Ils demandent son sang de la part de nos dieux.

Œdipe est, en premier lieu, une fable sur la crise : la tragédie de Voltaire parle en ce sens, pleinement, de notre temps. Confronté à une situation extrême, qu’il s’agisse de la peste plutôt que du sida, de la guerre ou de la crise économique, le groupe réagit toujours de la même façon : par l’exclusion et la recherche de boucs émissaires. Le lynchage n’est jamais loin. Dans la lecture que nous faisons de la pièce, plusieurs fils apparaissent donc, tout aussi riches de sens et de couleurs en 2009 ou 2010 qu’en 1718, date de la création d’Œdipe : tandis que le grand prêtre incarne l’arrogance d’un clergé qui, s’interposant entre des humains crédules et des dieux sanguinaires, tend à régenter la société civile, la quête d’identité qui pousse Œdipe à élucider le mystère de ses origines acquiert aujourd’hui, avec les nouvelles techniques de fécondation ou le recours de plus en plus fréquent à l’adoption, une force nouvelle : « Je crains de me connaître, et ne puis m’ignorer… »

UN VOLTAIRE INATTENDU

Impitoyables dieux, mes crimes sont les vôtres,
Et vous m'en punissez !...

Je me suis attaché avant tout à mettre en relief la fable, axée, d’une scène à l’autre, sur une montée du suspense et une révélation progressive de la vérité — aveuglante : lorsqu’il apprend, avec effroi, qu’il est, malgré lui, coupable de meurtre, d’abord, puis de parricide et d’inceste, Œdipe choisit de se crever les yeux avec l’épée qui a tué son père, tandis que Jocaste, son épouse et sa mère, se poignarde… Nous sommes à mille lieues, ici, du code de bienséance dont, plus tard, récusant l’héritage de Shakespeare et Corneille, Voltaire se réclamera. Nous avons choisi de ne pas nous focaliser sur la lecture psychanalytique, suffisamment évidente aujourd’hui, pour retrouver la fraîcheur, la naïveté, mais aussi la crudité, du mythe originel. Dans la révolte d'Œdipe contre les dieux, nous retrouvons celle de Job, de Caïn ou de Prométhée, mais peut-être aussi, tout simplement, une métaphore de l'humaine condition. Enfin, tout en respectant le langage de l'alexandrin, dont aucun pied ne sera tronçonné (il marchera, dansera et bondira sur ses douze pattes aux ressources merveilleuses), nous avons voulu l'apprivoiser, le parler, l'assimiler pour lui redonner vie dans le chant de nos muscles, de nos nerfs et de nos artères — afin qu’il acquière l’évidence d’un langage poétique contemporain…

UN ONIRISME CONTEMPORAIN

Ces climats sont remplis du céleste courroux ;
Et la mort dévorante habite parmi nous.

Une image m’est d’emblée apparue, au début de la pièce : celle d’un voyageur qui, desperado ou samouraï, échoue dans un no man’s land crépusculaire ; un pays, Thèbes, où règne la peste, où grouillent les rats, où retentissent les clameurs des mou-rants ; un monde qui évoque à la fois le western (où l’étranger devient l’incarnation, pour la cité, de l’Ennemi) et l’horreur ou la science-fiction ; un lieu apocalyptique qui, aujourd’hui, pourrait être la bande de Gaza ou l’île d’Haïti dévastée par un tremblement de terre… Quant aux anathèmes du grand prêtre, ils renvoient aux prêches de tous les bellicistes religieux. Ces images, en suscitant un imaginaire d’aujourd’hui, nous défont aussi des couches de préjugés accumulés sur les pièces de Voltaire — et nous donnent à voir une tragédie incroyablement vivante, nerveuse, accessible.

UNE SCÉNOGRAPHIE ENGLOBANTE

Avec Charlotte Villermet, la scénographe, nous avons envisagé un espace global qui, intemporel et onirique, abolisse la séparation entre la scène et la salle. Un lieu unique, éruptif, couleur de cendre et de lave. La matière du sol, constituée d’un latex cousu, recousu, semble faite d’une accumulation de pansements sur un corps blessé, meurtri, couturé de cicatrices : il faut qu’une impression de danger, de contagion rampante, en émane. À jardin, une petite éminence derrière laquelle apparaissent au lointain les personnages, d’où certains, même, s’adressent au peuple de Thèbes. Au centre, descendant des cintres, comme si elle avait éventré le plafond, une branche d’arbre foudroyé, torturé, qui, en se relevant, modifie l’espace au fil du spectacle. Quant aux costumes, ils évoquent à la fois le monde contemporain, le western et la science-fiction : des matières naturelles, mais élimées ; des tons gris, où contraste le rouge incestueux de la robe de Jocaste.

UN CHŒUR DE SPECTATEURS

Le chœur, dans Œdipe, n’est pas incarné par les acteurs, mais par le public lui-même : avec Andrea Cohen, metteuse en ondes et compositrice de musique électro-acoustique, nous avons imaginé une mise en espace des voix du chœur qui, émanant de la salle elle-même, intègre les spectateurs dans le dispositif scénographique et les confronte à la violence de leurs propres pulsions.

Jean-Claude SEGUIN


L'équipe

Auteur/e : Voltaire
Mise en scène : Jean-Claude Seguin
Distribution : Laurent Ménoret (Œdipe),  François Chodat (le grand prêtre et Phorbas), Luc Ducros (Dimas et Araspe), Antoine Herbez (Philoctète), Marie Grudzinski (Jocaste) et Juliette Wiatr (Égine)
Décors / scénographie : Charlotte Villermet
Costumes : Florinda Donga
Création lumières : Hervé Bontemps
Création bande son : Andrea Cohen
Composition musicale : Andrea Cohen
Autre(s) collaboration(s) artistique(s) : Daniel Blanc, coiffures, et Vincent Lemoine, régie

Contacts

Pour afficher les coordonnées de l'équipe artistique Théâtre du Loup Blanc : cliquez ici

Production

Production principale :  Théâtre du Loup blanc
Co-production et partenariat :  Ville de Ferney-Voltaire, Conseil régional Rhône-Alpes, Conseils généraux de l’Ain et de l’Orne, Communauté de communes du Pays de Gex

autres spectacles

Nous Tziganes [+]
Embrasser les ombres [+]
Long voyage vers la nuit [+]
Œdipe [+]
Palatine [+]
Rodogune [+]
 

agenda