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Date de mise à jour : 0000-00-00

El Cancionero de Don Luis (2010)

Le Poème Harmonique



Luis de Briceño, enthousiasmes et querelles atour de la guitare espagnole en France au début du XVIIème siècle

“Espagnol je te supplie/ Laisse-moy vivre en repos/ Tes yeux pleurent de la suie/ Tes soupirs sentent les aulx”. C'est par ces mots qu'une élégante française repousse un galant d’outre-Pyrénées dans un air de Moulinié, rendu populaire par le Poème Harmonique. Il se pourrait fort que la belle soit dans l’esprit du compositeur le symbole de la musique française et que le soupirant éconduit ait un visage fort précis : celui de Luis de Briceño, ardent défenseur de la guitare espagnole dont les beaux esprits parisiens voyaient d’un mauvais œil la prétention à rivaliser avec le luth.
Il faut avouer que dans les premières années du XVIIème siècle, la situation est pour le moins déséquilibrée. Si la Renaissance a vu la publication de Livres de Guiterres, les premières décennies de l’âge baroque réservent au luth l’honneur de recueils signés Gautier, Gallot, Dufaut ou Pinel, et laissent la guitare dans les mains anonymes bien que virtuoses des musiciens de ballet, qui jouent souvent en groupe, et campent des personnages typiquement espagnols, debout, à grand renfort de chaconnes, paroles comiques, harpes et castagnettes, un tambour de basque parfois accroché à la ceinture… Lorsque Luis de Briceño publie en 1626 à Paris une méthode pour apprendre à jouer de la guitare espagnole, qu’il dédie à Madame de Châles (sans doute son élève), c’est donc un acte d’engagement, d’autant que l’ouvrage s’apparente plutôt à un recueil poétique mis en musique, et qu'il comporte également quantité d’improvisations de danses extrêmement variées, parmi lesquelles des Romances et des Seguidillas, formes typiquement espagnoles particulièrement répandues, mais aussi des Folias, des Chaconas ou des Españoletas, ainsi que des danses plus rares, comme la Çaravanda chaconada. En outre, l’auteur ne recule devant aucun effet rhétorique afin de plaider sa cause : “la Guitarra es un instrumento el mas favorable para nuestros tiempos”, n’hésite-t-il pas à écrire. Economique comme tout, elle est parfaite pour chanter, jouer, “dançar, baylar y zapatear”. Elle éloigne les chagrins et les peurs, réconforte les esseulés, réjouit les mélancoliques, calme les coléreux, donne du bon sens aux aliénés... Elle se réaccorde et se répare en très peu de temps. Contrairement au luth, elle est insensible au chaud, au froid comme à l’humidité et, bien ou mal encordée, on l’apprécie, on l’écoute et elle attire par sa grâce. Pour preuve : deux mille personnes se distraient l’esprit, trompent leur fâcheries grâce à elle et, “por mas justification del valor de mi Guitarra”, voyez donc si les Rois, les princes et les nobles abandonnent la guitare pour le luth comme ils abandonnent le luth pour la guitare ! Tant de peine visionnaire ne sera pas perdue : soixante ans plus tard, c’est bien à son élève guitariste le roi Louis XIV que Robert de Visée dédiera ses ouvrages.
Loin de ces querelles, ce sont aujourd’hui la beauté des pièces de Briceño et la liberté qu’elles offrent aux interprètes qui nous incitent à les redécouvrir. Si les textes confiés aux chanteurs sont soigneusement consignés, la notation des mélodies et des rythmes s’avère extrêmement fragmentaire, et exige un travail aussi patient que passionnant d’analyse et de comparaison avec d’autres sources afin de parvenir à la restitution d’un répertoire alors connu de tous. En plus de son association avec le chant, il est ainsi apparu que la musique pour ensemble de guitares conviait dans sa forme la plus large d’autres instruments, y compris les archets. Couleurs, élan rythmique, port éperdu des phrases : l’aurore tourmentée de cette histoire d’amour entre musique espagnole et française, jamais démentie dans les siècles suivants, nous revient dans sa plus flamboyante clarté.


L'équipe

Auteur/e : Luis de Briceño
Direction musicale : Vincent Dumestre
Distribution :

Contacts

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