Les informations figurant dans le répertoire sont mises à jour par les structures qui y sont référencées. Ces dernières portent la responsabilité de leur contenu et de leur mise à jour.
Date de mise à jour : 2019-12-09

DEMOKRATIA MELANCHOLIA (2020)

Le Ballon Vert


Date et lieu de création : 3/07/2020, Sortie de bain, Granville

PROLOGUE

« Je suis née un dimanche, le 19 février 1984. Cette année là on écoutait « Femme libérée » de Cookie Dingler, et on envisageait le futur devant le cinéma de David Lynch. L’hémisphère Nord était coupé en deux. Il y avait le bloc de l’Ouest et le bloc de l’Est. Il y avait un mur au pied duquel on pouvait mourir, pleurer, espérer, aimer, jouer ou rire peut-être... 

Puis le mur s’ est écroulé et le peuple a dansé, au son du violoncelle, des pioches et des marteaux piqueurs, des applaudissements, des klaxons... De ce 9 novembre 1989 je n’ai que peu de souvenirs, quelques images de ma mère et mon père dans le salon fixant le petit écran avec attention et enthousiasme. J’habite alors une cité HLM qui peuple ces villes nouvelles, le salon est étroit et j’entends une journaliste déclarer « le mur de Berlin est toujours là mais il n’existe déjà plus ». Je me demande comment quelque chose peut-être là et ne pas exister en même temps. 

4376 jours plus tard, me voilà dans le couloir de mon lycée, un look plus urbain et quelques centimètres de plus. Nous sommes le 11 septembre 2001, j’ai 17 ans. Je regarde l’écran accroché au mur dans le couloir. Je le regarde sans vraiment le voir, comme par habitude. Je me souviens du cadre. La caméra filme les deux tours du World Trade Center au lointain, puis panote ensuite légèrement de la droite vers la gauche et enfin accentue son mouvement avec un léger zoom avant. Une tour fume déjà quand je vois une tâche noire, pas plus grande qu’une mouche, rentrer en collision avec la seconde. S’ ensuit une nouvelle fumée noire, comme si les tours s’étaient mises a cloper très fort. J’aperçois ensuite des petits points à l’écran qui surgissent des fenêtres et chutent vers le sol. Cet ensemble chaotique semble flotter dans l’air... Il y a alors dans ma mémoire comme une suspension du temps, un arrêt sur image. Je me souviens du silence. Puis le colosse s’écroule sur lui même comme s’il s’enfonçait dans le sol. Un énorme nuage de fumée semble avoir tout avalé, les petits points et les deux tours ont disparu de l’écran, le présentateur apparaît de nouveau. 

J’ai grandi entre un Boum et un Badaboum. La chute du mur de Ber­lin et la chute des deux tours. Depuis, je ne sais pas si nous déambulons dans les décombres de ce qui n’ est plus ou si nous chutons toujours. Je me sens comme Alice dans le terrier du lapin quand elle tombe. Elle n’ en finit pas de tomber, lentement et dans sa chute elle observe le monde.

Je suis une astronaute en expédition terrestre. J’arpente les différentes couches terrestres qui composent notre univers, voyageant entre l’infini­ment petit et l’infiniment grand. J’écris une histoire sans début ni fin. 

Un temps...

Je crois en la démocratie. 

J’ai presque envie de sourire en écrivant ces mots. Je souris car j’ai le sentiment de dire que je crois au père noël, au lapin de pâques, à la petite souris, aux licornes ou aux fées... je crois en l’homme et en l’humanité. Je crois au trou de vers et au trou noir, à l’équilibre des masses, je pense que la physique quan­tique est poétique, je crois que Descartes n’avait pas toutes les cartes en mains, je crois que le cinéma est une question de choix, je crois que le temps se construit au travers de ce que nous en faisons, je crois que la mode de la moustache va passer comme celle du mulet, je crois aux cycles menstruels, biologiques et historiques et je ne crois pas au déterminisme... ah oui, je crois aussi que nous avons le droit de changer d’avis quand nous le voulons et autant de fois que nous le désirons. 

On ne s’ éveille pas au monde le jour de sa nais­sance, on s’y éveille lorsque l’ on prend conscience que l’on fait parti d’un tout. »

Amélie Clément 

« Nous nous  insérons dans  le  monde humain  par nos mots  et  par  nos  actes, et cette insertion est comparable  à une seconde naissance. » 

Hannah Arendt

 

« La  démocratie est le régime politique dans  lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (prin­cipe de souveraineté), sans qu’il y ait de distinctions dues à la naissance, la richesse, la compétence... ce qui sous-tend un principe d’égalité. » 

Comment reprendre de là, sans être prise d’un sentiment de mélancolie prononcé ? Je suis là, avec la sensation de ne pas pouvoir bouger. Je suis comme emmurée. Je suis en état de sidé­ration, mon cortex cé­rébral s’est mis en pause craignant toutes prises de risque, au nom d’un tout sécuritaire et stable. Je suis victime d’y avoir crue ou d’y croire encore. Je vis dans une époque en état de choc traumatique qui n’a pas trouvé d’autres mécanismes de défense que de déclencher un court-circuit qui l’a rendu apathique.

LE PROCESSUS DE RECHERCHE ET DE CREATION  

Pour amorcer le travail j’ai pris appui sur une femme importante du XXème siècle, Hannah Arendt. J’ai traversé son oeuvre, sa vie, compilant et empilant tout ce que je pouvais attraper. Autour de cette figure emblématique, j’ai réuni un sociologue et un chercheur pour mettre en place un protocole d’entretien qui interroge sur notre relation à la démocratie.

Cet entretien s’adresse à 12 auteurs et autrices en Europe, que j’ai choisi pour ce qu’ils. ou elles représentent Par voie postale avec une lettre personnalisée je les convie à cette réflexion et je leur propose une rencontre filmée, dans leur pays d’origine. Il est question ici de collecter de la matière sonore et visuelle, pour mieux saisir le contexte de cette prise de parole..

L’ensemble de ces éléments est ensuite transposé au plateau par une équipe artistique interdisciplinaire au cours de3 temps de recherches que nous nommons les labos. 

Chaque laboratoire mélange des membres de l’équipe de la compagnie et de nouveaux artistes. Nous mettons en place un protocole de travail qui nous pousse à l’échange, à l’expression d’une diversité culturelle et d’une multitude de points de vue, qui constitue le visage polymorphe de l’Europe. Nous proposons à chaque sortie de labo une confrontation avec le public, autour d’une rencontre, d’une lecture, d’une maquette, d’une installation....

La création du spectacle prendra forme ensuite grâce à 6 semaines de résidence de travail. 

CALENDRIER 

Labo 1   « Un petit pas pour l’homme un grand pas pour l’Humanité », interroge la relation entre la démocratie et la culture. 
Du 7 au 21 Novembre 2019 au CDN de Caen Normandie, et avec la participation d’Eclats de rue, restitution le 21 novembre. 

Labo 2  « Tu entres, tu sors et puis voilà », Interroge la relation de la démocratie et des fêtes populaires, au travers de la figure du Carnaval. 
Du 17 Février 2020 au 7 mars 2020, avec la Renaissance , l’Archipel et le Char de DORON et le char de la vie en Rose, Carnaval de Granville, restitution le 1er mars. 

Labo 3 « Demain est annulé », Interroge la relation entre la démocratie et la jeunesse. 
Du 20 Avril au 7 mai 2020 avec les comédiens stagiaires de la formation professionnelle d’acteur de la Cité Théâtre, restitution les 6 et 7 mai. 

Création  « Demokratia Melancholia »
6 semaines – Mai 2020 à juillet 2020
CNAREP de Sotteville, Atelier 231 – CNAREP de Brest, le Fourneau, accompagnement réseau RADAR... (en cours de négociation) 

LE TRAVAIL D’ECRITURE ET DE CREATION

Le travail d’écriture se construit sur les bases d’un travail dramaturgique emprunté à la tragédie grecque. Pour atteindre la mélancolie il ne faut pas craindre de se laisser emporter par le tourbillon des sentiments et des contradictions. La démocratie consiste pour une bonne partie à interroger les méthodes et processus d’expressions libre qui vont amener l’expression des conflits. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’emprunter les codes de la tragédie. 

Le prologue, qui est celui porté par Arendt, la pensée en action et la nécessité de faire acte de désobéissance civile. 

Le chœur, un cœur de paroles récoltées et glanées au travers des autr.rice.s que j’ai rencontré. Comme un personnage polymoprhe, qui vient rythmer le discours, avec vigilance. 

Les épisodes dialoguées, qui sont le fruit d’un travail collectif et d’expérimentations diverses, ceux sont les labos. Un espace fragile, comme un fil tendu vers l’autre pour ne jamais perdre de vue que tout ceci n’est qu’une conversation. Un espace d’échange et de réflexion partagée qui se contruit quotidiennement, ici et maintenant. 

L’exodos, l’exode qui consiste pour conclure à faire route vers, d’aller au dehors de... des cases, des vérités attendues et entendues, des sentiers trop empruntés. Un chemin des écoliers qui tend e repenser nos espaces de vies et notre histoire collective. 

LES ENJEUX PORTÉS POUR L’ESPACE PUBLIC

La place est à la ville ce qu’est le visage pour le corps. Son sourire charme les visiteurs. Ses cris de colère dénoncent, son regard marque une inquiétude un jour sombre de crise économique ou une grande joie le soir de carnaval. Un rendez-vous sera alors donné sur une place, qui est comme un visage, pour y discuter ensemble de ce que nous associons à la démocratie, pour y mettre à l’épreuve nos libertés et y venir y partager nos rêveries. 

Développer des espaces atypiques pour laisser place à un mélange des cultures et des classes sociales, un temps de répit pour les corps, une porte ouverte à de nouvelles hypothèses de vie, tout comme peuvent le suggérer le bal populaire ou encore le carnaval.

Pour qu’il y ait un monde, il faut un espace visible entre les hommes, un espace meublé de nombreuses œuvres et habité de relations rendues possibles. C’est là que se place notre désir et notre tentative. 


L'équipe

Auteur/e : Amélie Clément, Jean Luc Charlot
Concepteur/trice : Amélie Clément
Mise en scène : Amélie Clément
Distribution : Distribution en cours 
Autre(s) collaboration(s) artistique(s) : Jean Luc Charlot - auteur et sociologue

Contacts

Pour afficher les coordonnées de l'équipe artistique Le Ballon Vert : cliquez ici

Production

Production principale :  Le Ballon Vert
Co-production et partenariat : 
Les structures culturelles:
 L'Archipel, Granville, 50
La Renaissance, Mondeville, 14
Eclat(s) de rue, Caen, 14
Atelier 231 - CNAREP, Sotteville les rouen
CDN Normandie Caen, Hérouville Saint Clair, 14
La cité théâtre, Caen, 14
Le studio des 3 oranges, Théatre de l'unité, Audincourt, 25
Les collectivités: 
La région Normandie, le département du Calvados, le département de la Manche, la ville de Caen

autres spectacles

DEMOKRATIA MELANCHOLIA [+]
Octopus 0.3 - L'enchantement du calamar [+]
Octopus 0.2 - La naissance des pieuvres [+]
Le projet Octopus [+]
Octopus 0.1 - Le cri du poulpe [+]